Larousse, Dictionnaire du xixe siècle

Fieschi (Giuseppe)

Fieschi (Giuseppe)régicide, né à Murato (Corse) le , décapité le . Le crime de Fieschi, bien que se rapprochant, comme but et comme intention, des attentats de cette nature, s’en est distingué par l’absence complète de motif personnel ou de conscience. En effet, la plupart des régicides obéissent ou à une profonde conviction politique, ou aux suggestions du fanatisme religieux. Dans les deux hypothèses, ils sont les instruments d’une idée. Chez Fieschi l’on ne voit rien de semblable. Ses convictions politiques sont nulles. Ce n’est ni un légitimiste ni un républicain. Il a été espion, il se ferait volontiers agent de police si la police voulait de lui. Voilà sa moralité, ses croyances, sa foi. Aussi, Fieschi restera-t-il comme un singulier problème pour le philosophe et le jurisconsulte. Un rapide coup d’œil jeté sur sa vie et sur les débats qui eurent lieu devant la Chambre des pairs montrera cet homme affamé de bruit, de notoriété, et, dans cette absurde envie d’attirer l’attention sur sa personne, dans cette pose continuelle, peut-être verra-t-on le mobile de son crime.

La famille de Fieschi, d’origine génoise, était pauvre et faisait même partie de ce qu’en Corse on appelle les abitatici, vagabonds, nomades, aujourd’hui à Nessa, demain à Valle-Calle, un autre jour à Murato. C’est dans ces conditions que Fieschi vit le jour. Son père, condamné à une peine infamante, avait quitté le pays, alors que Giuseppe était encore entant. Sa mère le fit entrer chez un propriétaire pour garder les chèvres. Mais, quand il eut atteint seize ans, il se lassa de cette existence et partit pour Naples. Engagé dans l’armée napolitaine, il se distingua par une intelligence assez vive, une audace peu commune. En quelques mois, il avait appris a lire et à écrire, et, à dix-huit ans, il était sergent. L’instruction révéla qu’à cette époque il profitait de la confiance qui s’était égarée sur lui pour trahir ses chefs et livrer aux Autrichiens d’importants secrets. Il entra cependant avec son grade dans la garde du roi de Naples (Murat), et fit avec un certain éclat les campagnes de 1812 et 1814. Il reçut même, en récompense de sa bravoure, la croix des Deux-Siciles. Les événements de 1815 précipitèrent Murat de la haute position qu’il devait à son beau-frère. Fieschi n’aimait pas les vaincus. Sentant s’écrouler la fortune du roi, il passa aux Autrichiens et leur livra, comme gage de sa trahison, ce qu’il savait des plans de Murat, plans dont la découverte permit à Bianchi et à Neipperg de battre complètement le roi à Tolentino. La trahison ne fut sans doute pas considérée comme assez complète par Fieschi car l’instruction le retrouve quelques mois après en Corse, cherchant à se rapprocher de Murat. L’ancien roi de Naples avait dû fuir après Tolentino, et le dévouement simulé de Fieschi dont il ignorait la désertion, le toucha profondément. Non content de l’accueillir comme un ancien compagnon d’armes, il le chargea d’une mission secrète pour ses partisans de Naples. Fieschi, quelques jours après, était de retour et annonçait au fugitif que tout était prêt pour sa réception et sa restauration. Le traître Fieschi était sur la même barque que Murat en partant d’Ajaccio, le 28 septembre 1815 ; mais, en arrivant en vue du Pizzo, il voulut précéder tout le monde pour éviter les rencontres fâcheuses. Il débarqua seul, on le perdit bientôt de vue. Il ne devait pas reparaître ; et lorsque, deux heures après, Murat tentait à son tour un débarquement, ses amis, ses défenseurs tombaient autour de lui foudroyés par les balles autrichiennes, et lui-même devait payer bientôt de sa vie cette triste et folle aventure. Compris dans la capitulation du général Franceschetti, Fieschi avait été débarqué à Marseille. De là, il avait regagné la Corse et était arrivé sans argent, sans ressources d’aucune espèce dans le canton habité par son père et sa sœur. Il eut alors l’idée de leur réclamer sa part d’héritage, et, sur un premier refus, il s’empara d’une vache qu’il alla vendre au marché. Ne pouvant justifier par des pièces authentiques de la possession de cette vache, il se fabriqua des papiers revêtus des signatures obligées et conclut le marché. Sur la plainte de son beau-frère, il fut arrêté. Une première évasion ne fit que retarder son envoi en cour d’assises. Condamné par la cour d’assises d’Ajaccio, le 28 août 1819, à dix ans de réclusion et à la surveillance de la haute police pendant toute sa vie, il fut envoyé à Embrun pour y subir sa peine. Peut-être pourrait-on trouver que la peine était sévère en comparaison du crime, et que c’était peu tenir compte des circonstances, du caractère, de la position de l’accusé ; mais, en 1816, ses antécédents d’ancien sous-officier, d’ancien défenseur de Murat, étaient une fâcheuse recommandation. C’est dans la prison d’Embrun que Fieschi fit connaissance d’une femme Laurence Petit, qu’il devait retrouver plus tard à Paris. Les règlements de la prison n’étaient pas favorables à la passion qu’il conçut pour cette femme. On raconte cependant que, la veille de sa libération, il trouva moyen de se cacher dans un corridor voisin du dortoir des femmes. Mais, surpris par un surveillant, il fut conduit au cachot, et c’est dans cet endroit qu’il passa sa dernière nuit de détention. Le lendemain, il se dirigea sur Lyon, où il était interné. Fieschi ne tarda pas à se soustraire à la surveillance qui pesait sur lui. Il se rendit d’abord à Lodève, puis a Villelousette, où il travailla, sous le nom de Gérard, à la manufacture royale de draps ; de là, il parcourut le Midi, s’arrêtant à Vienne, Arles, Aix, Marseille, etc.

La révolution de 1830 devait lui permettre de sortir de sa position précaire. Il se présente d’abord au commandant de Lyon comme condamné politique, justifie de ses assertions à l’aide de papiers qu’il s’est fabriqués lui-même, et obtient des secours et des lettres de recommandation pour les autorités de Paris. Bientôt il arrive dans cette ville et se présente successivement chez M. Ladvocat, membre de la commission des récompenses nationales, chez M. Didier, secrétaire général du ministère de l’intérieur, chez le comte Gustave de Damas, son ancien commandant, en 1812 ; partout ses certificats, ses états de service, sa croix des Deux-Siciles lui ouvrent les portes et lui font obtenir des secours. Il entre d’abord comme employé subalterne au journal la Révolution de 1830, et s’y fait bien accueillir, grâce à ses opinions bonapartistes, tandis qu’il fait accepter ses services par M. Baude, préfet de police. Enfin, les protections qu’il a su se ménager lui font obtenir une place parmi les sous-officiers sédentaires, et c’est à ce titre qu’il est nommé gardien du moulin de Croulebarbe, sous le nom de Gérard. Cette position modeste devenait indispensable à Fieschi. Il avait retrouvé, à Paris, Laurence Petit, qu’il avait connue à Embrun, et il s’était mis en ménage avec elle. Mais Laurence avait avec elle sa fille, Nina Lassave, âgée de quinze ans, et la mère, après quelques mois d’une existence sans cesse troublée par les querelles, les menaces, les voies de fait, dut se retirer, laissant sa fille aux mains de Fieschi, qui n’avait pas même respecté sa jeunesse. C’est à ce moment que la position si habilement échafaudée par Fieschi vint à s’ébranler. Des rapports parvinrent à la préfecture de police sur les mœurs et la conduite de Fieschi. Des accusations d’abus de confiance furent portées contre lui. Enfin, le 24 octobre un mandat d’amener fut décerné contre le gardien du moulin de Croulebarbe, en même temps qu’une décision du préfet supprimait le poste de gardien. Fieschi, toujours caché sous le nom de Gérard, prit la fuite et parvint à se soustraire aux recherches de la police. On sut plus tard qu’il avait tour à tour habité chez Morey, chez Pépin, enfin, boulevard du Temple, n° 50. C’est dans cette maison qu’il logeait à l’époque de l’attentat, c’est dans cette maison qu’il construisit sa machine infernale, c’est d’une fenêtre de son logement que partit l’effroyable décharge qui ensanglanta le boulevard du Temple. Nous connaissons maintenant l’homme. Passons au crime.

Le 28 juillet 1835, la France célébrait l’anniversaire commémoratif des trois journées glorieuses de la révolution de 1830, et Paris avait tout un programme de fêtes et de réjouissances. Le 28, le roi devait passer une revue de la garnison et de la garde nationale. Des bruits sinistres étaient parvenus jusqu’à Louis-Philippe. On parlait d’un attentat ; telle était la crainte de l’entourage du roi, que le duc d’Orléans avait recommandé à ses officiers de ne pas quitter les côtés de son père, et que, le matin même, malgré son mauvais état de santé, le maréchal Mortier, duc de Trévise, avait résisté aux supplications de sa famille et avait déclaré sa résolution d’accompagner le roi à cette revue. « Je suis grand, dit-il, je couvrirai le roi de mon corps. » Le cortége se mit en marche. Louis-Philippe était accompagné d’un brillant état-major, dans les rangs duquel on comptait les ducs d’Orléans, de Joinville et de Nemours, le duc de Trévise (maréchal Mortier), le comte Lobau, le marquis Maison, le comte Molitor, les généraux Exelmans, Flahaut, Schramm, plusieurs ministres, M. de Rambuteau, etc., etc. La revue se passa fort bien jusqu’au moment où l’on aborda le boulevard du Temple, et l’on espérait en être quitte encore cette fois pour une fausse alerte, lorsqu’au moment où le roi passait devant le Jardin Turc une effroyable détonation se fit entendre. Au même instant, des cris de douleur s’élevèrent de tous côtés. Le roi jeta rapidement les yeux autour de lui. Près de cinquante personnes gisaient à terre, sanglantes, déchirées par la mitraille. Et, tandis que les chevaux, affolés de terreur, augmentaient encore le désordre de cette scène douloureuse, Louis-Philippe eut l’inexprimable chagrin de voir le maréchal Mortier, le général de Vérigny, le colonel Raffé, le lieutenant-colonel Rieussec et quelques autres personnes connues de lui étendus à ses pieds, morts ou mourants. Louis-Philippe donna un dernier regard aux infortunées victimes, et, le cœur profondément triste, continua cette funèbre promenade. Cependant, les yeux de la foule s’étaient dirigés sur la maison d’où la foudre était partie. Elle portait le n° 50, et une épaisse fumée s’échappait d’une fenêtre du troisième étage dont la jalousie baissée arrêtait les regards. La maison fut rapidement envahie. Au troisième étage, la porte fut enfoncée, et quelques personnes pénétrèrent dans un logement composé de trois pièces. La troisième, celle dont la fenêtre donnait sur le boulevard, était remplie de fumée, et ce n’est qu’au bout de quelques instants qu’il fut permis de distinguer les objets. Devant la fenêtre, se trouvait une machine supportant vingt-quatre canons de fusil, dont la plupart avaient été brisés ou dérangés par l’explosion. A terre, gisait un chapeau ; sur le mur, des taches de sang encore humide indiquaient la présence d’un être humain. Cependant on ne put découvrir personne. Mais, en regardant à une fenêtre de derrière, on aperçut une corde portant des taches de sang et qui descendait dans une cour intérieure. Au bout de quelques minutes, des agents avaient fait le tour de la maison et arrêtaient, dans cette même cour, un individu dont la tête était inondée de sang et qui, aveuglé par ce sang même, n’opposa aucune résistance. Il fut immédiatement conduit au poste du Château-d’Eau, et on trouva sur lui un paquet de poudre, un couteau et un casse-tête. Un poignard qu’il avait jeté en arrivant au poste fut plus tard reconnu par lui. Cet homme, que ses affreuses blessures désignaient évidemment comme ayant assisté à l’explosion de la machine, n’hésita pas à avouer sa culpabilité et se donna le nom de Gérard. Néanmoins, son état assez grave suspendit l’instruction, et ce n’est que peu à peu, et après quelques tentatives inutiles, qu’on parvint à le faire parler.

Pendant ce temps, on avait relevé les victimes sur la boulevard. Dix-neuf personnes avaient été tuées ou blessées mortellement ; vingt-trois avaient reçu des blessures plus ou moins graves. Le roi et les princes, objets de l’attentat, n’avaient pas été atteints. Le jour même il y eut conseil de ministres. On décida que les fêtes n’auraient pas lieu et que la Chambre des pairs se constituerait immédiatement en cour de justice. Le lendemain, cette assemblée se réunissait sous la présidence du baron Pasquier et recevait communication d’une ordonnance royale qui chargeait MM. Martin (du Nord), procureur général près la cour de Paris, et Franck-Carré, avocat général, des fonctions du ministère public devant la haute cour. L’instruction se fit avec une grande activité. En peu de jours, on obtint du prétendu Gérard d’importantes révélations. Il avait longtemps refusé de dire son nom, mais la présence de M. Ladvocat, qui l’avait plusieurs fois secouru et lui avait fait obtenir divers emplois, triompha de cette dernière résistance. Il reconnut s’appeler Giuseppe Fieschi. D’après ses aveux, on avait arrêté (mais seulement un mois après) deux individus qui avaient eu une part plus ou moins grande à l’attentat ; c’étaient le nommé Morey, bourrelier-sellier, et le nommé Pépin, épicier, marié, père de famille. Enfin, un ouvrier relieur, du nom de Bescher, dont le passeport et le livret étaient entre les mains de Fieschi pour faciliter son évasion, fut arrêté, ainsi qu’un ouvrier lampiste, nommé Boireau, qui avait fait à un jeune homme, Suireau, des confidences compromettantes. Ces quatre accusés nièrent avec énergie toute participation au crime. Ils finirent par avouer qu’ils avaient connu Fieschi, sous le nom de Gérard, comme ancien condamné politique, mais déclarèrent n’avoir jamais eu de relations avec lui. Sur ces entrefaites, on retrouva la trace d’une malle ayant contenu les canons de fusil, que Fieschi avait fait transporter, la veille de l’attentat, chez un tiers, et qu’un vieux monsieur vint réclamer deux jours après. Morey fut reconnu dans ce vieux monsieur. La découverte de la malle amena celle de Nina Lassave, qui avait été la maîtresse de Fieschi. Arrêtée, elle raconta que le lendemain de l’attentat, croyant Fieschi mort, elle avait été, suivant ses instructions, trouver Morey, et que ce dernier, dans un dîner à la barrière de Montreuil, lui avait déclaré qu’il avait chargé les canons de fusil, sauf trois, et que ces trois, mal chargés par Fieschi, avaient éclaté et avaient causé sa mort. Ce témoignage était accablant. A partir de ce moment, l’instruction suivait une route facile. On sut bientôt quelles étaient les relations de Morey, de Pépin et de Fieschi. Ce dernier facilitait le travail des magistrats par ses révélations nombreuses. Enfin, le 30 janvier, les débats s’ouvrirent sous la présidence du baron Pasquier. Les accusés étaient assistés de MMes Parquin, Chaix d’Est-Ange et Patorni, pour Fieschi ; Dupont et Plocque, pour Morey et Boireau ; Marie et Philippe Dupin, pour Pépin ; Paul Fabre, pour Bescher. L’acte d’accusation suit pas a pas la vie des principaux accusés, et surtout leurs relations depuis la naissance du complot. Il les montre essayant près du Père-Lachaise l’effet d’une traînée de poudre ; plus tard, se concertant pour arrêter la forme de la machine, puis les complices remettent à Fieschi, dénué de ressources, l’argent nécessaire à l’acquisition du bois et des canons de fusil. On faisait, l’avant-veille, sur le boulevard du Temple, la répétition de la terrible tragédie ; Boireau passait à cheval devant la fenêtre de Fieschi, tandis que celui-ci, caché derrière la jalousie, prenait ses mesures pour pointer la machine. L’interrogatoire des accusés et l’audition des témoins n’occupèrent pas moins de onze audiences. Fieschi y apporta sa faconde insupportable, ses affectations de grand criminel résigné à son sort ; Morey, les négations les plus calmes, mais les plus formelles ; Pépin, ses terreurs et ses angoisses. Boireau, pressé par sa mère, finit par avouer ses relations avec les principaux accusés, mais sa culpabilité, bien que grande, ne pouvait se comparer à celle de ses complices. Quant à Bescher, le ministère public abandonna l’accusation à son égard. Le réquisitoire de M. Martin (du Nord) cherchait sans résultat les motifs du crime. Sans vouloir accuser aucun parti, sans faire peser sur aucune classe la responsabilité de l’attentat, il signalait néanmoins l’exagération de certaines idées poussée jusqu’au paroxysme, certains systèmes qui pouvaient égarer les esprits faibles et armer le bras des hommes sans conscience et dénués de sens moral. Le discours du procureur général fut assez habile pour que le parti républicain ne pût répondre à cette attaque si vague. Les plaidoiries des avocats ne purent lutter contre l’évidence des faits. Le 14 février, les débats étaient clos et la cour prononçait son arrêt. Fieschi, Morey et Pépin étaient condamnés à mort, Boireau à vingt ans de détention, Bescher était acquitté. Jusqu’au dernier moment, Pépin avait conservé une lueur d’espoir. Sa douleur fut profonde. Cependant quand il sut que son sort était irrévocablement fixé il devint un autre homme. A sa douleur, à ses manifestations extérieures, succédèrent un calme et une résignation que l’on n’eût pas attendus de cette nature nerveuse et impressionnable. La jactance bruyante de Fieschi continuait après l’arrêt. Mieux traité que ses complices, il ne portait point de fers et avait même la permission de voir sa maîtresse en particulier, tandis que Pépin, garrotté, revêtu de la camisole de force, pouvait à peine voir sa femme pendant quelques instants en présence des gardiens. La famille de Pépin fit de nombreuses démarches pour obtenir une commutation de peine. Le duc d’Orléans avait dit : « Si l’un de nous avait été frappé, le roi pourrait faire grâce, mais la demande ne peut venir que des parents des victimes. » Toutes les démarches furent vaines, et, le 19 février, les trois condamnés furent conduits à la barrière Saint-Jacques. Morey, malade depuis longtemps, se soutenait à peine. « Le cœur va, disait-il, mais les jambes ne vont plus. » On ne remarquait, en effet, aucune altération sur ses traits et il garda jusqu’à la fin l’énergique impassibilité qu’il avait montrée dans le procès. Pépin était, calme et digne. M. Vassal s’approcha de lui et lui dit : « Si vous avez des révélations à faire, je peux faire surseoir à votre exécution, » et, plus bas «« Si l’on démonte la machine, on ne la remontera pas pour vous. » Mais Pépin répondit avec fierté « Je n’ai rien à dire, » et il se livra au bourreau. Morey mourut le second. Quant à Fieschi, fidèle à son caractère, il crut de son devoir de haranguer le peuple. Jusqu’au dernier moment, il conserva cette vanité, cette soif de bruit et de notoriété qui peut-être n’avaient pas été étrangères à son crime. Il avait cru que, pour prix de ses révélations, on lui laisserait la vie, et peut-être le lui avait-on promis ; mais, quand il vit que tout espoir était perdu, il regarda la mort sans trouble et prit sa résolution avec le courage purement bestial du bandit vaincu.

En commençant cette notice, nous disions que la machine infernale resta comme un problème. Les journaux légitimistes et républicains s’en rejetèrent la responsabilité avec autant d’aigreur que d’injustice. Pépin et Morey étaient républicains, sans doute mais, en supposant fondées toutes les accusations produites contre eux, il demeure évident qu’ils avaient agi comme individualités isolées, sans aucune participation de leur parti.

Quant à la fameuse légende que les canons avaient été disposés de manière à tuer Fieschi, elle s’évanouit devant ce fait bien établi qu’il était lui-même l’inventeur de la machine et qu’il avait présidé à tous les préparatifs. Ce fut là un artifice de l’accusation avidement saisi par Fieschi, comme pour justifier ses dénonciations.

— Bibliogr. Relation de l’attentat du 28 juillet, suivi de détails historiques sur Fieschi (Paris, s. d. [1835], in-8°) ; Détail exact et officiel de l’horrible attentat du 28 juillet, etc. (Lille, s. d. [1835] in-4°) ; Notice historique, biographique et anecdotique sur Fieschi, etc., par A. Gameau (Paris, 1835, in-8°) ; Notice biographique sur Fieschi, dit Gérard (Paris, 1835, in-8°) ; Histoire authentique et complète du Corse Fieschi, dit Gérard, etc. (Paris, 1835, in-8°, portr. et dessin de la machine infernale) ; Notice sur Fieschi, par A. Belle (Paris, août 1835, in-8°) ; Rapport fait à la cour par le procureur général des pairs, sur l’horrible attentat de Fieschi (Nantes, s. d., in-4°) ; Relation circonstanciée sur les nommés Fieschi, Pépin, etc. (Paris, s. d., in-fol.) ; Procès de Fieschi et de ses complices (Paris, nov. 1835, 2 vol. in-12) ; A. Bouveiron, Historical and biographical sketch of Fieschi, wilh anecdotes relating to his life, etc. (Londres, 1835, in-8°) ; Cour des pairs, attentat du 28 juillet 1835 (Paris, Impr. roy., 1835-1836, 6 vol. in-4°, ainsi composés Rapport fait à la cour par M. le comte de Portalis, 1 vol. avec plans ; Réquisitoire prononcé par M. Martin [du Nord], procureur général, à l’audience du 10 février 1836, 1 vol. ; Arrêt du jeudi 19 novembre 1835, acte d’accusation, 1 vol. ; Interrogatoire des accusés, 1 vol. ; Procédure, dépositions des témoins, 1 vol. ; Dépositions faites par Fieschi à M. Ladvocat, et transmises successivement par M. Ladvocat à M. le président de la Cour des pairs, 1 vol.) ; Procès Fieschi devant la Cour des pairs (Paris, 1835-1836, 3 part. en 1 vol. in-8°) ; Cour des pairs de France, attentat du 28 ,juillet 1835, Procès-verbal des séances relatives à cette affaire (Paris, 1836, in-8°) ; Attentat du 28 juillet 1835, procès de Fieschi, Morey, etc. (Verdun, s. d. in-8°, lithogr.) ; Débats du procès de Fieschi (Montpellier, 1836. in-8°, avec dessins et portraits) ; Procès de Fieschi et de ses complices, etc. (Bordeaux, 1836, in-8°) ; Procès de Fieschi et de ses complices devant la Cour des pairs, précédé des faits préliminaires et de l’acte d’accusation (Paris, 1836, 3 vol. in-8°, trad. en ital., Foligno, 1836, 3 vol. in-12) ; Procès de Fieschi à la Cour des pairs, contenant une notice sur chaque accusé, etc. (Paris, 1836, in-8°, avec le portr. de Fieschi et un plan de la maison et de la machine infernale) ; Fieschi, précédé de sa vie privée (Paris, 1836, 2 vol. in-18) ; Nouveaux details concernant Fieschi, Pépin et Morey (Paris, s. d. [1836], in-4°) ; Complainte sur Fieschi le régicide (Paris, s. d., in-fol. piano, grav. avec légende) ; Grande complainte en 73 couplets sur l’attentat de juillet ; Fieschi und seine Mitangeklagten (Leipzig, 1836, in-8°, avec 5 portr.) ; Levensbijzonderheden von Fieschi, etc. (Utrecht, 1836, in-8°) ; Louis Blanc, Histoire de dix ans.