Larousse du xxe siècle

Gilbert (Nicolas-Joseph-Laurent)

Gilbert (Nicolas-Joseph-Laurent), poète français, né à Fontenay-le-Château (Vosges) en 1751, mort à Paris en 1780. Fils de cultivateurs, élevé au collège de Dôle, il débuta dans la poésie à Nancy, puis se rendit à Paris (1772), présenta, sans succès, au conseil académique un poème : le Poète malheureux, où il rejetait sur sa famille et sur la société la médiocrité de son sort. La satire le guettait donc. Il s’y adonna avec fougue et, entré dans le parti de Fréron, il fit avec : le Carnaval des auteurs (1773, en prose) ; le Siècle (1774), le XVIIe siècle (1775), enfin Mon apologie (1778) une guerre acharnée aux Philosophes et aux Encyclopédistes. Toutefois, il écrivit aussi des poèmes d’inspiration très différente, des odes à Louis XV, à Louis XVI, au futur Louis XVIII, etc. Ses meilleures pièces dans le genre lyrique sont le Jugement dernier, et surtout les Adieux à la vie dont quelques strophes sont demeurées classiques :

Au banquet de la vie, infortuné convive,
J’apparus un jour, et je meurs ;
Je meurs, et sur ma tombe où lentement j’arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs…

Une légende, popularisée par A. de Vigny dans son roman Stello, et par Hégésippe Moreau dans Un souvenir à l’hôpital, et qui est aujourd’hui dissipée, a voulu longtemps qu’il mourût de misère à l’Hôtel-Dieu après avoir, dans un accès de délire, avalé une clef. La vérité est qu’il mourut des suites d’une chute de cheval, après avoir subi l’opération du trépan, et qu’il recevait trois pensions (une de l’archevêque de Paris, une sur la cassette du roi, une du Mercure de France).