Lachambeaudie (Pierre)fabuliste et chansonnier français, né à Montignac (Dordogne) le , mort en . Son père, ancien volontaire des armées de la République, percepteur des contributions à Montignac, le plaça d’abord au collège de cette ville, et ensuite au séminaire de Sarlat, d’où il fut expulsé pour ne s’être pas assez souvent confessé ; il obtint cependant d’y rentrer, mais ce fut pour en être bientôt définitivement exclu : il avait fait imprimer une chanson !
En , il entra comme maître d’étude au collège de Montignac; il occupa ensuite une place analogue dans une pension de Bordeaux. Il entra alors en relation avec Jacques Arago, qui imprima dans son journal, le Kaléidoscope, quelques-unes de ses fables. Ces innocentes publications lui fermèrent néanmoins la porte des divers collèges où il alla demander un emploi. Il vécut pendant quelques temps, à Sarlat, du maigre produit de quelques leçons, et publia, en , par souscription, des Essais poétiques. Il entra à cette époque dans un bureau du chemin de fer de Roanne à Saint-Étienne, aux appointements de 100 francs par mois ; quelques poésies insérées dans les Échos de la Loire lui attirèrent de sévères reproches de ses chefs, qu’il abandonna sans regret, au bout de quelques mois, pour aller à Lyon prendre l’habit saint-simonien. Après quelques excursions apostoliques, il entra dans une maison de commerce ; il fut trompé par un chevalier d’industrie qui devait le conduire en Amérique et lui donner une magnifique position à New-York, et qui se borna à le conduire à Paris et à partir seul, en laissant Lachambeaudie sur le pavé. Il parvint cependant à rentre dans son pays, où son père le reçut fort mal à cause de sa vie errante. Il songea un instant à accompagner une mission saint-simonienne en Égypte. Il se rendit à Lyon, mais, réflexion faite, il rebroussa chemin et alla habiter quelque temps chez un curé de la Dordogne, qui le fit entrer, comme maître d’étude, au collège de Brive. Il dut le quitter peu après ; on le trouvait trop famililer avec les élèves. Il vint alors à Paris, et trouva un emploi à l’institution Massin. Les espiègleries des élèves l’affectèrent si profondément, qu’il en tomba malade et dut passer quelque temps à l’hôpital, d’où il sorti pour aller loger, à 0 fr.,15 par nuit, dans un bouge de la rue de la Petite-Truanderie. Un ami saint-simonien améliore un peu sa position en l’employant dans sa fabrique de fleurs artificielles. En , Mme Gatti de Gamont édita, à ses propres frais, la première édition des Fables, à la librairie phalanstérienne. Le Charivari avait déjà accepté quelques pièces du poëte, qui dès lors vécut de la vente de son œuvre. En parut une seconde édition des Fables, ornée d’illustrations assez médiocres. Émile Souvestre y avait écrit une excellent préface. Le livre était intitulé : Fables populaires. Deux éditions de ces fables, précédées d’une étude d’Augustin Chaho, parurent dans l’espace de quelques mois (). Ce fut en cette année que Lachambeaudie se maria avec une femme aussi pauvre que lui, morte en , lui laissant un garçon et une fille. En , il fit la connaissance de Béranger et de Scribe. En , grâce à leur protection, il partagea avec Pierre Dupont le secours annuel légué par Maillé-Latour-Landry. Dupont reçut 1,000 francs, et Lachambeaudie 500. Ensuite Béranger et Scribe le recommandèrent à Perrotin, qui se chargea d’une quatrième édtion. Lachambeaudie obtint, par cette édition, une médaille de 2,000 francs, prélevée sur les fonds légués par Montyon pour les ouvrages utiles aux mœurs. Il publiea alors quelques nouvelles éditions, l’une précédée d’une préface de Pierre Vinçart, une autre d’une introduction de Louis Jourdan, éditée par René, lorsque attira sur lui l’attention à deux titres différents. Il jouait ses fables dans les clubs, les banquets, les concerts, et nous, qui l’avons entendu, nous pouvons dire avec quelle verve et quel talent il faisait saisir à son auditoire enthousiasmé les nuances les plus délicates et avec quel esprit il faisait valoir les enseignements démocratiques contenus dans ses petits drames sous forme de fables. De plus, il se lia avec Auguste Blanqui et devint membre du bureau du club qu’il dirigeait au Conservatoire de la rue Bergère. Cette position dangereuse le rendit suspect aux mais de l’ordre, ses voisins les gardes nationaux, qui le conduisirent à la Conciergerie, sans mandat d’amener, après les journées de Juin ; mais Béranger le fit élargir quelques jours avant que ses codétenus fussent transférés à Belle-Isle. Dans l’intervalle de à , il récita souvent ses productions dans diverses réunions publiques. M. Michel, éditeur de l’Histoire de la classe ouvrière, par Robert du Var, fit une édition de luxe des Fables, précédée d’une magnifique étude sur la Fable, par Pierre Leroux.
Après le coup d’État, il fut pris un matin dans son lit, rue du Faubourg-Saint-Jacques, le , et conduit dans les casemates-prisons de Bicêtre et d’Ivry. Béranger fit encore des démarches, vaines cette fois, pour obtenir sa mise en liberté. Il fut dirigé avec ses codétenus sur Le Havre, pour être conduit à Brest ou à Cayenne. Grâce à Béranger, Lachambeaudie vit sa déportation se changer en exil. Il se rendit à Bruxelles, où il publia deux éditions de ses Fables. En , Béranger avait obtenu sa grâce ; il rentra. Il a publié depuis un recueil intitulé : Fleurs et Villemomble (, in-18), noms de deux villages de la Dordogne qu’il a habités pendant quelques années. Il s’est remarié en . Nous avons apprécié, dans notre article général fable et dans un article spécial, Fables de Lachambeaudie, le recueil de l’écrivain démocratique.