Larousse du xxe siècle

Sainte-Beuve (Charles-Augustin)

Portrait de Charles-Augustin
Sainte-Beuve (Larousse du XXe siècle) Sainte-Beuve (Char­les-Au­gu­stin)poète et critique français, né à Boulogne-sur-Mer en , mort à Paris en . Il fit ses études d’abord au collège de sa ville natale, puis à Paris. Après avoir suivi quelques temps les cours de l’École de médecine (1823), il se tourna vers les lettres, et, grâce à Paul Dubois, son ancien maître, entra au Globe, où il écrivit des articles de philosophie et de critique. Lié bientôt avec Victor Hugo à la suite d’un article sur les Odes (1827) et avec Alfred de Vigny, il fit parti du cénacle. Son premier ouvrage, sur un sujet proposé par l’Académie française, fut le Tableau historique et critique de la poèsie française au xive siècle (1828), où il signalait bien des affinités entre les réformateurs de la Pléiades et les romantiques. Il composa ensuite un recueil de vers intitulé Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme (1829), puis, sous son nom, deux autres : les Consolations (1831) et Pensées d’août (1837). Son unique roman : Volupté, parut en 1834. Cette étude de pathologie morale dénotait certaines velléités de mysticisme, du reste passagères. Il s’interessa aussi un moment au saint-simonisme. Mais la critique ne tarda pas à l’absorber tout entier. Il publia d’abord plusieurs volumes de portraits : Portraits littéraires (1832 à 1839) ; Portraits de femmes (1844) et Portraits contemporains (1846), dans lesquels se montre le romantisme militant. Peu à peu, en même temps qu’il rompait avec V. Hugo, il se détacha du romantisme, ou, du moins, il essaya de le concilier avec la tradition classique. En 1837, il fit à Lausanne un cours d’où sortit le Port-Royal (1840-1860), son œuvre capitale, d’une documentation précise et d’une grande délicatesse psychologique et morale. En 1840 il devint bibliothécaire à la Mazarine et, en 1844, membre de l’Académie française. D’un autre cours fait à Liège en 1848, il tira les deux volumes de Chateaubriand et son groupe littéraire (1860). En 1865, il fut nommé professeur de poésie latine au Collège de France ; mais la jeunesse des écoles, qui lui gardait rancune de sa sympathie pour l’Empire, l’empêcha d’occuper sa chaire. De 1857 à 1861, il enseigna à l’École normale. En 1865, il entra au Sénat, où il défendit en maintes occasions les idées libérales et finit par rompre avec l’Empire. Il avait, en 1849, commencé au « Constitutionnel » ses Causeries du lundi. Continués au « Moniteur », puis au « Temps », ces articles font une série de 28 volumes (15 volumes intitulés Causeries du lundi [1849-1861] ; 13 intitulés Nouveaux Lundis [1861-1866]). On a encore de lui une Étude sur Virgile (1857) ; P.-J. Proudhon (1872) ; Lettres à la Prin­cesse (1872) ; Premiers lundis (1875) ; et Correspondances (1877-1880).

Poète, Sainte-Beuve a voulu fonder en France une poésie bourgeoise et familière à la façon de Wordsworth. Ses poésies sont des « élégies d’analyse », peu poétiques mais très intéressantes pour la curiosité de leur expression.

Comme critique, il continue Mme de Staël et Villemain, en appliquant une méthode beaucoup plus précise. Il fait décidément entrer la critique littéraire dans la vie positive. Mais, sachant que la science des talents et des caractères est trop complexe pour s’emprisonner dans une formule, il veut faire de la critique non pas une sorte de géométrie, mais une sorte « d’herborisation ». Tout en la ramenant aux méthodes des sciences naturelles, il n’oublie point qu’elle est aussi œuvre de goût et même de poésie. Sa rare faculté d’assimilation, son goût, l’extrême finesse de son style, son exactitude, sa curiosité toujours en éveil, sa sympathie pour les tentatives nouvelles alliée à un respect éclairé de la tradition, tout cela fait de lui un des grands maîtres de la critique.