Hégésippe Moreau — 1810-1838

Sur la convalescence de M. Lafayette

Année 1828

Dédié à M. Lafayette, député.
Je chante des héros la puissance suprême;
Dans un si vaste champ je m'égare moi-même.
Le nombre des vertus, des nobles citoyens
Qui défendent la France et protègent nos biens,
Imposent tant de droits à la reconnaissance,
Que le plus saint respect est dans l'obéissançe.
Défenseurs de nos lois, recevez nos sermens;
Vos décrets sont sacrés pour tout vos chers enfans.
Vos veilles et vos soins, guidés par l'énergie,
Conserveront toujours l'honneur de la patrie.
Vous déplorez le sort qui nous charge de fers,
Qui nous rend dépendans de tant d'états divers.
La grande nation ajourne la victoire,
Sur vos augustes fronts vous conservez sa gloire.
Du monarque chéri partagez les travaux,
Ne parlez qu'à son cœur ; poursuivez nos bourreaux.
Si, de l'impiété, ces vraies sang-suës publiques,
Les uns, dans des palais ou dans des basiliques,
Voulaient, aux vrais chrétiens, imposer le cachet.
Tous, nous adorons Dieu, Charles a le respect,
Et pour ne vouloir pas tomber dans l'esclavage ,
Dans les ignorantins, cesse-t-on d'être sage?
Eux, qui sous les déhors de l'intérêt commun,
Ne gonflent leurs trésors qu'au dépens de chacun.
Nous répondons aux uns, d'où naît votre insolence?
Aux autres, donnez-nous des preuves d'abstinence.
D'augustes fainéans, dans de brillans palais,
Ne se font remarquer que par mille laquais:
Est-ce ainsi que Jésus a paru sur la terre?
Et pourtant chacun d'eux se dit son mandataire.
Dans une étable, hélas! Dieu a reçu le jour,
Et c'est tout couvert d'or, qu'on chante son amour.
Notre douloureux sort force enfin de nous plaindre;
Delaveau n'est plus rien, qu'avons-nous donc à craindre?
De tous nos ennemis nous taisons les forfaits;
C'est devant l'Eternel, que tous les bons Français
Appellent ces forbans, dont l'horrible impudence,
Pour, mieux nous écraser, nous plongent dans l'enfance.
Mais cessons de nous plaindre, ouvrons enfin les yeux.
Les coupables n'ont plus leurs pouvoirs odieux.
Point de paix au milieu des richesses immenses;
Les cris des malheureux déchirent leurs consciences,
Sur le lit de la mort, et jusques au cercueil,
Des remords déchirans leur serviront de deuil…
Le sénat nous protège, et l'auguste assemblée
Saura briser nos fers, et sera respectée.
Moreau
Ode
Sur la convalescence de M. Lafayette.
Muses, reposez-vous, et laissez à nos larmes
La pénible douleur de regreter vos charmes.
Nous vous aimions encore, nous vous aimions toujours,
Quand la douce nature embélissait les jours
Du héros des Français, le défenseur du monde,
Semant la liberté dans notre mappemonde…
Aujourd'hui des cyprès…, un deuil universel,
Dans nos cœurs ulcérés, nous font un mal cruel.
Chacun de nous voudrait, pour soulager ces peines,
Que les maux qu'il ressent se glissent dans ses veines.
Nous avons trop besoin d'un grand législateur,
Des nobles citoyens l'ardent imitateur.
Si dans tous les combats on voyait son aigrette,
A la chambre surtout, on attend Lafayette…
D'où nous viennent ces chants, ces chants mélodieux,
Qui, captivant nos cœurs, nous rendent glorieux?
C'est la voix du Très-Haut, c'est sa toute, puissance
Qui exauce les vœux, les souhaits de la France.
Lafayette est rendu, chantons, notre bonheur,
Nous avons ses vertus, et possédons son cœur.
Moreau
Rue de Clichy, n° 22
ci-devant rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 62, à Paris.

Imprimerie de DAVID, Boulevart Poissonnière, n. 6.