Œuvres inédites (1863)
(Armand Lebailly)
À M. Émile Guérard. AL-9
Ce 1820-08-099 août 1820.
Monsieur,

Excusez-moi si je prends la liberté de vous écrire. Je ne suis pas un Démosthène ou un Cicéron pour pouvoir écrire avec éloquence ou avec sagesse ; mais j’espère que vous excuserez la naïveté de mon enfance, car le simple but de ma lettre est de vous faire savoir que, si vous avez l’intention de venir à84 Provins pour la distribution des prix, elle est fixée au1820-08-17 17 août. J’ai fait tous mes efforts pour mériter votre estime et votre bienveillance, et pour me rendre digne des bontés dont vous m’avez comblé jusqu’aujourd’hui.

Agréez, Monsieur, l’assurance du respect et de la soumission avec lesquels j’ai l’honneur d’être votre très-dévoué et respectueux serviteur.

Moreau

À Madame Favier.
Paris, 30 juin 1830.
Madame,

J’espre que vous avez compris les motifs du silence auquel je me suis condamné depuis longtemps …, depuis la lettre où vous me faisiez de justes reproches en me menaçant de votre abandon ; je n’ai pas été fort heureux, mais ne voulant pas appeler d’une sentence que je méritais, j’ai dû vous épargner des aveux et des plaintes qui auraient paru des demandes ; après tant de bienfaits, je serais honteux de vous en faire. J’attendais donc, pour vous écrire, le moment où j’aurais quelque chose d’heureux à vous apprendre, et je crois qu’il est arrivé… Je n’ai besoin de rien pour le moment, que de vous exprimer le respect et la reconnaissance avec lesquels je suis toujours, madame et chère bienfaitrice, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

H. Moreau

Si vous pouvez parler un peu de moi à M. et Mme Guérard.


M. et Mme Guérard
Paris, 3 septembre 1830.
Monsieur,

Pardon si je n’ai pas profité plus tôt de la permission que vous m’avez donné de vous écrire. Je ne connais pas votre nouvelle adresse, ce qui m’a forcé jusqu’ici de reléguer votre nom, comme celui de madame Guérard, dans le post-scriptum des lettres que j’adressais à madame Favier. Je n’ai pas oublié que vous m’avez invité vous-même à recourir à vous, quand il s’élèverait quelques nuages entre elle et moi. Ce moment est arrivé, et je vous écris, à tout hasard, à l’adresse de M. Vaché. Mme Favier n’ignorait pas, en m’envoyant à Paris, que mon peu d’habileté dans mon état m’obligerait plusieurs fois à subir des secours étrangers pour subvenir à mes besoins. Aussi elle m’avait autorisé, avec une bonté dont je garde la plus vive reconnaissance, à toucher entre les mains de madame Daubonneau, son amie, jusqu’à 300 francs par an. Le manque105 d’ouvrage dont j’ai souffert plusieurs fois, les derniers événements qui ont bouleversé tous les ateliers…, tout cela m’a forcé de faire, à madame Daubonneau, plusieurs visites aussi pénibles pour moi que pour elle. Enfin, j’ai l’espoir de quitter un métier qui ne me convient sous aucun rapport… Madame Daubonneau, dont j’ai subi l’aversion par la rudesse de mes manières, m’a refusé tout net le reste de la somme que vous me donnez, et, sur ses rapports, madame Favier a confirmé le refus de la façon la plus désespérante, et pourtant c’était la dernière fois que j’avais à l’importuner de pareilles demandes ; mais je n’accuse de sa rigueur qu’une influence étrangère et j’ai l’espoir que vous pourriez contribuer à la détruire. Si vous aviez l’occasion et la bonté de l’essayer, il serait très-important, à ce qu’il me semble, qu’elle ignorât que je me suis plaint directement à vous ; pour peu que le retour de son amitié et que l’emploi que l’on m’a promis se fassent attendre, je me trouverais dans106 une situation très-pénible. Il suffirait d’une vingtaine de francs pour m’en tirer provisoirement. J’attends votre réponse. J’ai cru que je pouvais user, à l’égard de mes premiers bienfaiteurs, de la franchise à laquelle ils m’ont accoutumé. Dans une autre circonstance, cette lettre aurait été consacrée toute entière à leur exprimer combien je les aime.

J’ai l’honneur d’être, monsieur et madame, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

H. Moreau

J’envoie mille baisers à Charles et Alexandre, en attendant mieux.


Paris, mercredi 8 février 1837.
Madame,

J’ai reçu, il y a aujourd’hui quinze jours, une lettre où vous m’annonciez un envoi d’argent. M. Guérard, qui en est porteur, n’a parlé de rien à Loyson. Vaché a répondu aux réclamations de ce jeune homme qu’il107 ignorait tout ce que cela voulait dire, et M. Guérard qui devait, disait-il, repasser et me voir à Paris, dans la huitaine, ne m’a pas encore donné de ses nouvelles ; de plus, quand j’interroge Vaché, il me répond par des demi-mots. Certes, madame, je n’ai rien à réclamer de vous, et pourtant je ne puis m’empêcher, en pareille circonstance, de solliciter de votre complaisance au moins un mot d’explication. Si vos intentions à mon égard sont changées ou modifiées, je ne comprends pas ce qui vous empêche de me le dire franchement. Si je n’ai à souffrir que d’un délai, vous auriez été bien bonne de m’en avertir d’avance. J’aurais donné sur-le-champ mon manuscrit à l’imprimeur, sauf à recourir, en cas de frais préliminaires, à la générosité mille fois éprouvée de Loyson. Quelle que soit votre réponse, madame, elle me sera précieuse ; car elle me tirera d’une incertitude fort pénible. J’espère que vous comprendrez bien ma position, et que vous me pardonnerez mes importunités.

108

Je vous embrasse avec reconnaissance.

H. Moreau

P. S.—J’ai attendu deux jours avant de jeter ma lettre à la boîte, et j’ai bien fait. J’apprends aujourd’hui vendredi que M. Guérard est repassé hier à Paris, sans avoir le temps de me voir AL-11. Vaché de plus m’a donné des explications auxquelles j’avoue que j’ai peu de foi.


Paris, lundi, jour de l’Assomption, 1836
Madame,

Je n’ai pas bien compris ce que vous me dites dans votre dernière lettre à propos de Vaché. J’ai cru entrevoir cependant que ma fréquentation pouvait lui être nuisible en quelque chose. Rassurez-vous, madame ! si je lui ai exprimé l’intention de le voir souvent, c’était dans l’espoir d’entendre parler souvent de vous ; maintenant que vous me faites l’honneur de m’écrire, ce motif n’existe plus, et Vaché ne court pas plus le109 risque de gagner mes défauts que moi de m’inoculer ses vertus, dont pourtant j’aurais grand besoin, car je vous l’avoue sincèrement, et plaisanterie à part, si j’avais eu le choix de ma destinée, j’aurais préféré peut-être le rôle de commis à celui d’écrivailleur : l’argent, pour moi comme pour Vaché, est tout, puisque j’ai des besoins à satisfaire et qu’il n’y a (malheureusement !) que ce moyen pour y arriver.

Ceci est une phrase de vous.

Je ne comprends pas trop non plus pourquoi vous vous étonnez de ce que je n’écrive pas à M. Guérard. Je vous ai écrit pour vous demander pardon des torts dont vous avez eu à vous plaindre, l’un comme l’autre. Si votre nom est tombé de préférence sur l’adresse, c’est l’affaire du hasard, et peut-être, à mon insu, de ce sentiment commun à tous les hommes qui fait que l’on pressent plus d’indulgence chez un sexe que chez un autre. Si je vous adresse une lettre pour vous confier mes peines, mes plaisirs et mes110 espérances, je ne conçois pas pourquoi je ferais une copie de cette lettre pour exprimer à M. Guérard mes plaisirs, mes peines, etc… Pourtant, si vous y tenez, dites-le… Si vous m’écrivez, madame, dites-moi donc ce que vous avez reçu de ma part, vous, monsieur Guérard ou madame Jeunet. J’ai tout lieu de croire que quelque chose s’est égaré.

Je vous salue avec respect et reconnaissance.

Hégésippe Moreau.

Je vais donner à Vaché des vers manuscrits faits pour madame J*** et à son adresse ; ils ont dû lui être envoyés imprimés dans le Journal des demoiselles ; mais d’après une lettre de ma sœur, qui ne m’en parle pas, je crois qu’on ne les a pas reçus.

Je n’ai pu voir Alexandre, bien que j’aie rendu deux visites au collège Rollin ; on m’a même répondu qu’on ne connaissait pas ce nom-là. Y aurait-il à Paris plusieurs collèges du même nom ?


À M. Vaché
(frère de madame Guérard de Champbenoist)
rue de l’Échiquier, nº 23, Paris.
Mon cher ami

Tu t’es mépris étrangement sur le sens de mes paroles. C’était une confidence, une plainte, mais pas une demande. Cela est si vrai qu’il me serait matériellement impossible de quitter mon logement actuel d’ici à plusieurs mois. En général, mon ami, je te préviens qu’il ne faut jamais chercher d’intention cachée dans ce que je dis, à moins que mes paroles n’aient évidemment le ton de l’ironie. Cependant je dois me féliciter de la méprise qui m’a fourni une nouvelle preuve de ta vieille et infatigable amitié pour moi, et me donne par conséquent le droit de t’en remercier encore. Tout ce que je réclame de toi, c’est la permission de te voir le plus souvent possible, non pas les jours où tu sors, car je n’aime pas sortir, moi, mais pendant les rares et courts instants que tu pourras dérober à tes travaux.

J’irai à ton bureau dimanche à une heure. Merci.

H. Moreau.


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